Birkenstock
Culture & lifestyle

Une sombre affaire de Birkenstock

Lors de ma semaine de congé à Lyon, j’ai péniblement traîné mes guêtres dans les arrondissements de la capitale des Gaules. La chaleur épuisa vite mes pauvres petits coussinets, engoncés dans de mauvaises sandales. Sans m’en rendre compte, je me suis retrouvée avec une paire de Birkenstock aux pieds.

 

Birkenstock
Mes pieds. Une allégorie.

Fut un temps, je pouvais à mes pieds supporter n’importe quoi. Baskets chinoises douteuses, sandales de plastique, talons vertigineux… Rien ne m’arrêtait. Malheureusement, la malédiction familiale des pieds pourris m’a rattrapée. En vacances, alors que je crapahutais sur les pavés du Vieux-Lyon, mes sandales Chaussea ont soudainement rétréci. Mes deux nougats boursouflés par la chaleur avaient désormais l’air de gros rosbifs. Malmenée et rougeaude, leur chair saucissonnée entre les sangles de mes souliers d’infortune semblait prête à imploser. Or, je voulais marcher, courir les boutiques et danser le zouk avec ma copine Barbara.

Francky Vincent
Oui, quand on me dit « zouk », je pense « Francky Vincent ». Excusez-moi…

Ni une, ni deux, je passe la porte d’une boutique spécialisée. « Bonjour madame, je voudrais des chaussures-qui-font-pas-mal siou plaît. » La madame en question me regarde par dessus ses lunettes. Elle fait le tour de son comptoir et toise mes pauvres pieds en souffrance. « Aïe, aïe, aïe. Enlevez-moi ces croûtes immondes ! Bah oui, je ne suis pas étonnée que vous ayez mal ! Qu’est-ce donc que ces instruments de torture ? Pour vous, ça sera Birken. » Ma réponse est sans appel : « Grâce, madame ! Je ne puis souffrir la vue de ces affreux sabots germaniques. N’avez-vous donc rien de plus seyant à m’offrir ? » (dialogues non contractuels).

Birkenstock

Elle soupire, fouille parmi les nombreuses boîtes empilées tout autour de nous. Sans un regard, elle m’apostrophe. « Vous faites quoi comme pointure mam’zelle ? » « Un 39. » Alors, elle fronce les sourcils, se relève et m’observe à nouveau. « Nan, vous chaussez du 38. 38 et demi à la limite, mais pas de 39. » Soit. Peut-être est-il préférable que je m’asseye et que je n’intervienne pas lors de son diagnostic. Victorieuse, elle revient vers moi, deux paires de chaussures à la main. De jolies sandales en cuir camel aux sangles bleues de marque Kickers. La chaussure droite me sied à merveille, telle la pantoufle de vair de Cendrillon. Sauf que. Si j’avais perdu la gauche au bal, sûr que le prince m’aurait larguée direct, puisque mon pied refusa net de s’y frayer un chemin.

Birkenstock

Deuxième essai, toujours de marque Kickers. Une sandale aux sangles plus fines, dorées et bronze. La taille semble convenir, mais deux pas avec me font souffrir le martyr. Ma bonne fée me regarde d’un air désapprobateur. Je suis têtue. J’essaye tout ce qui est disponible dans ma pointure. Tongs, raquettes, méduses, après-ski… Je suis prête à tout pour trouver le confort. Si bien que la propriétaire des lieux parvient à me prendre à mon propre jeu : « Bien. Maintenant que vous vous êtes rendue compte que votre bien-être prévaut sur l’esthétique, pourriez-vous s’il vous plaît cesser de faire l’enfant et essayer cette paire de Birkenstock ? »

Birkenstock
Mouais…

Elles sont là, devant moi. Leur semelle en liège, leurs tristes sangles noires. Tout dans ces chaussures sonne comme une punition. Je tente une dernière fois de résister : « Mais enfin, c’est un 37 ! » « Oui, oui. Chez Birken, on prend toujours une taille en dessous. C’est une règle d’or. Pour que la semelle moulée s’emboîte parfaitement avec votre pied. » Une semelle moulée… J’ai presque envie de pleurer. Et pourtant. Pourtant, je les enfile. C’est alors que je me sens soulevée, portée par la grâce divine. Un râle de soulagement m’échappe, au grand amusement de ma nouvelle amie. Bien, puisqu’il le faut, ce sera des Birkenstock. Je vais acheter des Birkenstock. 89 euros d’efficacité allemande, sans une once de beauté, aucune. Une larme coule. Mais bon, au fond, sont-elles si moches ? Désormais, je les aime tant qu’il m’est difficile de l’admettre.

Birkenstock
Rho, elles sont pas si moches ! Si ?

On me prévient toutefois. La semelle des Birken est dure. Leur confort se mérite. Le temps qu’elles se fassent, on peut souffrir intensément. Effectivement, les premiers jours me semblent une épreuve. J’ai une méchante ampoule au pied gauche, j’ai mal au niveau de la voûte plantaire. Le soir, je me roule en boule au fond de mon lit. Et si j’avais dépensé 89 euros dans ces horreurs pour finalement ne jamais m’y faire ? Pourtant, cette douleur-là est encore moins vive que celle suscitée par ces sandales plates achetées moins de dix euros en soldes. Les 32° affichés par le thermomètre m’empêchent également d’enfiler des baskets. Alors, je courbe l’échine et me résous à les porter, encore et encore. Et puis, un beau matin… La félicité. Je n’ai plus mal. Et c’est le bonheur. Je cours dans les rues, je danse folle de joie et embrasse le facteur. Birken, mon amour, je t’aime pour toujours !

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L’histoire ne s’arrête pas là. Ce midi, j’ai rendez-vous avec ma mère. Elle me téléphone. « Rejoins-moi au rez-de-chaussée des Galeries Lafayette. » Elle a eu vent de ma folle aventure avec ces souliers de liège. Je m’avance, hasardeuse dans le grand magasin, la cherche du regard. Et je l’aperçois, au rayon chaussures, ses pieds auréolés de lumière, emboîtés dans une paire de Birken flambant neuves. Je tends les bras vers elle, elle m’attrape les poignets. Nous chantons ensemble. « Toi aussi, moi aussi ! Bénis nos arpions libres ! » Alors, ma mère et moi touchons enfin l’illumination. La Vérité suprême tient en cette simple affirmation : si Dieu existe, il est allemand. Et il a breveté la semelle moulée des Birkenstock.

Birkenstock

Sur ce, bon week-end à tous,

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4 réflexions au sujet de “Une sombre affaire de Birkenstock”

  1. Merci pour ce moment de sourire 😉 Je n’ai pas encore franchis le pas, soufrant de plus en plus dans mes sandales, je commence à y penser.
    Il parait qu’il y en a avec des strasses!!!!

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  2. J’adore ton article! Tu m’as fait beaucoup rire! Même soucis de mon côté… j’avais opté pour des Tamaris avec semelle à mémoire de formes. 70€ et les sandales ont rendu l’ame après un été 😭 alors prochaine fois ce sera des Birki pour moi aussi!

    Aimé par 1 personne

    1. Il n’y a qu’une seule semelle brevetée Birkenstock 😉 ! Les autres marques proposent des choses très chouettes aussi, mais rien ne vaut l’originale. Comme toi, j’ai rechigné en achetant une autre gamme plus fancy ou moins chère et sincèrement, j’aurais mieux fait de me rendre tout de suite à l’évidence 😀

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