chansons sexistes
Culture & lifestyle

4 chansons françaises un brin sexistes qui n’ont choqué personne à leur sortie

Ma playlist se veut très éclectique. Or, j’ai récemment eu envie de variété française. C’est alors que, parmi des chansons qu’il m’arrive de fredonner, j’ai découvert des paroles légèrement, voire carrément sexistes. Florilège.

 

Richard Anthony Amoureux de ma femme

La mauvaise foi selon Richard Anthony : Amoureux de ma femme (1973)

Les plus jeunes doivent aujourd’hui ignorer qui est Richard Anthony. Décédé en 2015, ce chanteur était l’un des artistes les plus populaires de la grande époque Salut les copainsÂge tendre et tête de bois, émissions et magazines pop des années 60. Après une longue traversée du désert, il revient sur le devant de la scène, notamment avec ce titre, Amoureux de ma femme. Avec un ton plus adulte que celui de ses bluettes sixties, Richard Anthony raconte comment après des années d’adultère, il se réveille soudainement… amoureux de sa femme. La grande classe.

Et ce coquinou de Richard ne fait pas dans la dentelle : « Qui sait peut-être nous nous sommes mariés trop jeunes / Et j’avais besoin de vivre ma vie d’homme / De toutes mes idylles j’en ai fait le tour / Je sais que c’est elle mon unique amour. »  Voyons le bon côté des choses, au moins il est honnête. Puis, ça aurait pu être pire. Imaginez s’il lui avait dit : « Chérie, maintenant que j’ai baisé tout ce qu’il y avait de niquable dans le coin, je crois qu’en fait, t’es bien la meilleure pouliche. » Ça passe tout de même mieux en rimes et en chanson. On pourrait se faire l’avocat du diable et penser que Richard Anthony prône un couple moderne, qui pardonne les possibles infidélités de l’un et de l’autre. Sauf que, la femme adultère, Richard la congédiait poliment en 1964 : « Puisque tu as triché / À présent tu peux t’en aller. » Ha… Bon ben, ciao Richard !

 

Sheila Condition Féminine

Les bons conseils de tata Sheila dans Condition féminine (1982)

Les années 70 ont fait de Sheila une star internationale. Envolée à New-York pour se recentrer sur son art, elle découvre la funk et le disco. Fascinée, elle veut bosser avec les meilleurs des meilleurs et enregistre le méga tube Spacer, composé pour elle par Nile Rodgers (excusez-moi du peu). Le succès aux États-Unis, comme en France, est retentissant. De même pour la reprise disco de Singin’ in the rain et le single Love me baby. Encore mieux : Sheila casse son image de petite fille pour adopter celle d’une femme moderne et émancipée. D’autre part, elle se distingue comme l’une des premières artistes françaises à danser sur scène accompagnée de danseurs masculins d’origine afro-américaine. Son groupe se nommait alors B. Devolution, pour « black devolution » – shocking dans les chaumières !

Et là, c’est le drame. Au début des années 80, je me souviens des soirées elle rentre à Paris et retombe dans les griffes de son producteur historique, Claude Carrère. Lequel préférerait qu’elle revienne à son image de gentille petite fille de Français moyen. Et ça donne… Condition féminine. Une chanson où Sheila déplore : « Les femmes militantes endurcies s’étonnent / Qu’les hommes n’en aient plus autant envie qu’avant. » Tu m’étonnes ! L’égalité des salaires, le droit à l’avortement… Tout ça ne vaut pas une sympathique levrette en tablier dans la cuisine. Et dire qu’on a failli y renoncer pour plus de droits et de libertés… Sheila nous l’assure : en restant à notre place, nous ne serons « jamais victimes / D’une condition féminine. » Heureusement, l’honneur est sauf. Après une seule et unique prestation télévisée, la chanteuse refusera de réinterpréter ce titre et empêchera la sortie du single. Bravo.

 

Julien Clerc la fille aux bas nylon

La fille aux bas nylon ou l’art du stalking vu par Julien Clerc (1984)

Je dois bien avouer que j’aime beaucoup cette chanson de Julien Clerc, et même tout l’album Aime-moi, dont elle est issue. Cependant, lorsque l’on élude l’instru eighties fanfaronnante et que l’on s’intéresse aux paroles… Et bien, elle a de quoi nous glacer le sang. En effet, dans La fille aux bas nylon, Julien Clerc nous raconte qu’il passe ses journées à espionner l’une de ses voisines. Et cette fille est tellement belle que ce petit manège tourne à l’obsession malsaine. Pour preuve, Julien chante sans rougir : « Quand elle passe devant ma fenêtre / Je la filme en seize millimètres / Et le soir, je me la projette / La fille aux bas nylon / Les murs de mon appartement / Se transforment en écran géant / Où elle passe inlassablement / La fille aux bas nylon. » Allô, la police ? Oui, je voudrais vous signaler un chanteur des années 70-80 au brushing léché.

Le texte de la chanson tente cependant de condamner les agissements du narrateur. On sous-entend, en effet, que son comportement est excessif : « L’autre jour je l’ai suivie / Mais ça n’a pas eu l’air d’lui plaire. » On la comprends. Toutefois, les paroles ont plutôt tendance à se tourner vers la tourmente amoureuse du récit. « Mais comment faire pour l’accoster / J’vais pas lui d’mander l’heure. » Rho, c’est trop mi-gnon. Elle l’intimide tellement qu’il en perd ses moyens… Tendre psychopathe. Mais, qu’a cette demoiselle de si spécial pour que Julien Clerc en vienne à de telles extrémités ? Ben… Elle est jolie. Elle a de « longs cheveux blonds, blonds, blonds. » Et elle porte des bas nylon, détail sexy. Soit. Je trouve ces éléments légèrement sexistes parce qu’objectivation de la femme, tout ça, tout ça… Mais je trouve ces paroles tout aussi insultantes pour les hommes. Sérieusement, s’ils sont tous assez bêtes pour ne pas percevoir plus chez une femme, c’est que le monde est peuplé de gros beaufs.

 

Philippe Lafontaine Coeur de loup

La culture du viol en chanson avec Philippe Lafontaine et son Cœur de loup (1989)

En tant que chanteur, Philippe Lafontaine n’aura pas marqué les esprits. Hormis pour son Cœur de loup, mais on aurait préféré qu’il mette son sens de la rime et de la rythmique au service de messages autrement plus élégants. En effet, pour son unique tube, Philippe Lafontaine a eu le bon goût de filer la métaphore de la chasse… pour parler de drague. Oui, en matière de culture du viol, on a rarement fait plus subtil. De nos jours, le lexique du monsieur laisse perplexe : « La victime est si belle / Et le crime est si gai. » Je suis sûre que si cette chanson était sortie en 2018, elle aurait eu droit à un article sanglant sur Madmoizelle. Or, à son époque, le public n’y a vu qu’un innocent tube pour faire danser les couples d’un été. Victoire de la musique de la révélation de l’année, mais aucune pétition pour son retrait à l’horizon.

Je ne pense pas que l’auteur de Cœur de loup pensait à mal, ni même ceux derrière les chansons précédentes. Ces textes ne font que reprendre des thèmes populaires en leur temps. Thèmes recyclés, encore et encore. Toutefois, avec Philippe Lafontaine, on atteint un paroxysme où le salaud se vante de ses exploits sur un ton enjoué et sympathique. Le tout, sans se rendre compte des horreurs qu’il débite. Bien triste pour une si jolie plume. « Elle est si frêle esquive / Sous mes bordées d’amour / Je suppose qu’elle suppose / Que je l’aimerais toujours. » Avouez que les mots sont charmants. Le sens beaucoup moins. On y sous-entend qu’il est facile d’amener une femme dans son lit, si on lui fait croire au grand amour. Or, croire au grand amour, c’est être bête. Et toutes les femmes sont bêtes, bien entendu. Le pire, Philippe Lafontaine le garde pour la fin, lorsqu’il clame en rythme : « Coeur de loup / Peur du lit / Séduis-la / Sans délai. » Comprenez mesdames que, même si vous n’en avez pas envie, le loup parviendra tout de même à vous allonger sur sa couche. Quelle force de conviction ! (Ou pas).

 

Karen Cheryl

Bonus : quelques contre-exemples sympathiques

Car oui, si de tout temps, le sexisme s’est glissé subrepticement dans beaucoup d’œuvres musicales, l’inverse est vrai aussi.

  • Dans Non, je n’ai rien oublié (1971), Charles Aznavour croise une ex dont il a été séparé par la force des choses. Un beau texte, basé sur l’idée de consentement.
  • En 1973, Dalida se foutait ouvertement de la gueule d’un Alain Delon beau parleur sur le titre Paroles paroles.
  • Dans un registre plus paillard, Karen Cheryl se moque des dragueurs peu inspirés dans La Marche des machos (1980).
  • Avec quelques raccourcis que l’on trouverait un peu faciles aujourd’hui, Renaud célèbre la femme avec Miss Maggie (1985). Et il n’a pas toujours tort.

 

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