120 battements par minute
Culture & lifestyle

120 Battements par minute : entre sida, rage de vivre et amour fou

Grand prix du jury à Cannes, 120 battements par minute de Robin Campillo a fait sensation sur la croisette. Sorti le mercredi 23 août, le film retrace le combat des militants d’Act Up, association de malades séropositifs. Un organisme qui sert de toile de fond à l’histoire d’amour de Nathan et Sean, brisée par la maladie.

 

Paris, dans les années 90. L’épidémie du Sida fait des ravages. Les traitements manquent, la recherche tourne en rond et la prévention fait cruellement défaut à l’ensemble de la société. Le scandale du sang contaminé commence tout juste à éveiller les esprits. C’est dans ce contexte que les militants d’Act up se battent au nom des communautés LGBT+ pour tenter d’endiguer l’épidémie, mais aussi pour apporter soutien et information aux malades. Et c’est dans ce même contexte que Nathan, séronégatif, s’engage auprès des bénévoles. Il va rencontrer Sean, séropositif hyper-activiste, jeté à corps perdu dans cette cause.

120 battements par minute

Ce qui frappe d’entrée de jeu , c’est qu’on oublierait presque que l’action se déroule dans les années 90 sous Mitterrand, tant l’actualité du propos demeure. Certes, en France de nos jours, on meurt beaucoup moins du Sida. Toutefois, les trithérapies en vigueur restent des traitements lourds, à la posologie contraignante, et qui ne permettent toujours pas de guérir. Certains ont la sensation de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il en va de même pour les clichés, traités avec justesse dans le film : le Sida comme affaire de PD, la méconnaissance des modes de transmission.

J’ai été particulièrement saisie par la réalisation de Quentin Campillo. À la manière d’un documentaire, la caméra épaule ancre l’action dans le réel. À ceci s’ajoutent des flashbacks aux cuts abrupts sur des coupures de journaux, entres autres éléments réalistes. Tout en même temps, le film dessert des images oniriques, imprégnées de l’avènement des nineties. Scènes de boite confuses à base de néons et images de synthèse pour dévoiler le virus, ombre qui plane au-dessus des figures insouciantes des danseurs.  À mi-chemin entre cinéma d’auteur et cinéma grand public, 120 battements par minute se révèle comme un drame social, un film historique, un film important.

Important car il constitue un hommage à tous les militants qui ont œuvré pour améliorer la condition des personnes séropositives en France et perfectionner les stratégies de prévention. Si aujourd’hui, la capote semble être un réflexe, c’est certainement grâce à des personnalités concernées et engagées, telles que celles présentées dans le film. Important aussi, car il se dédie implicitement à la mémoire des séropositifs disparus, morts dans l’indifférence, à une époque où leur sort inspirait un sentiment de peur irrépressible. Une époque pas si révolue…

120 battements par minute

Important enfin, car il dévoile une histoire d’amour homosexuelle, sans détour ni concession. On en avait déjà vu. Oui, dans La vie d’Adèle, Le secret de Brockback mountain et de nombreux autres. Sauf qu’ici, elle paraît naturelle – j’ose le mot -, simple et évidente. Quentin Campillo filme ses deux amants, Sean et Nathan, comme d’autres filmeraient un couple hétéro. La question de l’orientation et du regard des autres n’est jamais posée. Ils s’aiment, restent ensemble et puis c’est tout. Une imagerie qui fait du bien dans un art où, précédemment, on ne dépeignait l’autre que par sa différence.

 

Un bon conseil : dégainez vos mouchoirs…

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